Un cœur habité par le goût de la Parole
Il y a près de cinquante ans, une toute jeune femme, Louise Bisson, est passionnée par les Écritures. Au hasard d’une discussion, elle apprend qu’en France un organisme perpétue l’œuvre d’un jésuite — Marcel Jousse — qui a développé au début du siècle une approche originale pour la transmission de la Parole. Avec l’aide de Gabrielle Baron, son assistante, il met en gestes et en mélodie les textes bibliques et commence à les transmettre. La « rythmo-catéchèse » — terme que l’on changera au Canada pour « récitatif biblique » — était née en tant que discipline.
L’expérience porte des fruits remarquables : du plus petit au plus grand, du plus jeune au plus âgé, tous arrivent à retenir des textes parfois très longs. Fruit encore plus étonnant : le texte nourrit les participants jusque dans les profondeurs de leur être, la Parole y prend corps.
Deux séjours en France, à la Fondation Marcel-Jousse, permettent à Louise Bisson d’assimiler un bon nombre de récitatifs et d’enseignements sur la tradition orale, tout en rassemblant les principaux documents qui traitent de la question. De retour au pays, en janvier 1978, elle ne se contente pas de transmettre les récitatifs appris en France, mais développe une approche inédite de création et de transmission de nouveaux textes.
Des débuts dans les milieux de l’éducation
Même si, à l’origine, l’approche s’adresse autant aux adultes qu’aux enfants, ce sont d’abord les milieux de l’éducation et de la catéchèse qui s’organisent pour recevoir cette nouvelle pédagogie biblique. Rapidement, l’initiation sacramentelle devient l’un des lieux privilégiés de propagation des textes ainsi préparés. Encore aujourd’hui, la Session I, où l’on se forme à la pédagogie du récitatif biblique, reste la plus populaire.
La naissance de l’ACRB
Au milieu des années 1980, les demandes deviennent trop nombreuses et Louise Bisson ne fournit plus à la tâche, d’autant plus que c’est l’époque où naissent ses trois enfants. Des collaborateurs et collaboratrices qui partagent sa passion se joignent à elle. Une équipe est formée. Louise la nourrit et la supervise pour que la Parole puisse continuer à se propager selon le mode de transmission propre au récitatif biblique. Ainsi est née l’ACRB (Association canadienne du récitatif biblique).
Le temps de la croissance
Les débuts sont modestes : six ou sept « appreneurs », un classeur et un bureau dans un sous-sol. Au fil du temps, les activités de l’ACRB touchent un nombre croissant de personnes, tant et si bien que l’organisme rayonne de plus en plus et se déploie en une véritable force tranquille de l’Église dans plusieurs régions et diocèses : en Outaouais, dans le Bas-Saint-Laurent, dans les Maritimes, au Saguenay, sans oublier les régions de Sherbrooke, Québec, Montréal, ainsi qu’en Ontario. Au cours des années 2008 et 2009, un souffle de Pentecôte se met à élargir le champ de réception au-delà des frontières du Canada, à des appreneurs de Tahiti, d’Allemagne, de France et d’ailleurs. Ce sont un peu les années d’or de l’ACRB.
Diverses initiatives voient le jour à cette époque. Ainsi, l’ACRB s’est donné pour objectif de mettre en récitatif tout l’évangile de Luc. Lentement, patiemment, les textes sont traduits, mélodiés, « gestués » et transmis, toujours sous la coordination de Louise Bisson qui assume le leadership de la création des nouveaux récitatifs. Ceux-ci sont transmis durant la session d’été à de nombreuses personnes et plusieurs d’entre elles les transmettent à leur tour dans leur milieu. Le déploiement du récitatif biblique se concrétise dans un certain nombre d’autres projets qui s’abreuvent à la riche tradition de création continue initiée en1978.
Des services diversifiés sont offerts pour répondre aux besoins : groupes réguliers de récitation, animation lors d’événements publics et lors des passages de la vie, programme de cheminement et de croissance pour adultes, ressourcements et formations, sans oublier les jeunes pour lesquels l’École de Récitatif biblique (ERB) a développé un programme sur trois ans.
Et aujourd’hui
Même si la participation aux activités est moins importante aujourd’hui qu’il y a quelques années et même si la moyenne d’âge des participantes et participants a augmenté, l’ACRB sait se renouveler, notamment en ayant mis sur pied l’équipe des transmetteures qualifiées et en offrant dorénavant des activités en ligne aussi bien qu’en présentiel.