Quelques exemples
“Car elle est vivante la Parole” (He 4, 12)
“Il y aura des signes dans le soleil” (Lc 21, 25-28)
“Aujourd’hui cette écriture” (Lc 4, 21)
“Pourquoi cherchez-vous le Vivant ?” (Lc 24, 5b-6a)
“Quand le jour de la Pentecôte...” (Ac 2, 1-4)
La transmission d’un récitatif biblique
Une pédagogie en trois volets
La pédagogie de l’ARCB tient compte de la globalité dynamique de l’être humain. Le corps, l’intelligence, l’affectivité et la dimension spirituelle sont éveillés, sollicités et nourris tout au long de l’apprentissage. Un processus d’intégration s’enclenche donc du simple fait que le récitatif ne s’adresse pas à une seule dimension, mais à la personne tout entière.
Premier volet (savoir-faire)
Mémoriser un passage biblique
Il s’agit d’apprendre par cœur un passage de la Bible par la technique multisensorielle du récitatif (mélodie, gestes, répétition, balancement). On ne vise pas d’abord l’expression, mais bien l’impression de la Parole dans le cœur.
Dans un premier temps, la personne qui transmet guide les participantes et participants pour qu’ils se préparent intérieurement à recevoir le texte. Elle le transmet ensuite à une, voire deux reprises, et chaque personne note ce qui la touche : une parole, un geste, la mélodie. Ces “échos” du récitatif en soi peuvent ensuite être partagés brièvement au groupe.
Dans un second temps, après une préparation physique adéquate, débute la période proprement dite d’apprentissage du récitatif. La personne qui transmet le récitatif biblique chante un petit bout de texte tout en faisant le geste qui lui est associé. Le groupe est invité à répéter la parole chantée et le geste. L’apprentissage se poursuit ainsi, une « bouchée de souffle » à la fois, c’est-à-dire en enchaînant progressivement les uns aux autres de petits bouts de texte qui peuvent s’accorder à la respiration. Un léger balancement accompagne le chant et les gestes.
Tous les outils de mémorisation — geste, répétition, mélodie, balancement — sont expliqués et approfondis en cours d’apprentissage. À l’occasion, l’animateur ou l’animatrice fait un « arrêt sur geste » ; les personnes participantes sont invitées à demeurer dans un geste particulièrement inspirant et à ressentir ce qu’il provoque en elles.
Deuxième volet (savoir)
Étudier le texte. La vitamine biblique
Si le récitatif biblique sollicite le cœur et le corps, il vient aussi toucher la tête, c’est-à-dire l’intelligence. Toute session de récitatif biblique inclut un moment d’étude du texte mémorisé. Ce temps consacré à l’examen attentif du texte et de ses éléments s’appelle la « vitamine biblique ». Comme les vitamines de l’alimentation assurent le bon fonctionnement de l’organisme, la « vitamine biblique » est au service d’une compréhension éclairée des textes, d’une intelligence saine des Écritures. Elle permet d’éviter les interprétations fondamentalistes qui aplatissent et rigidifient le texte, les lectures superficielles ou fantaisistes.
La participation active du groupe est sollicitée et le travail sur le texte peut inclure des temps de recherche en petites équipes.
Il existe de très nombreuses approches exégétiques ; chaque animatrice puise à celles avec lesquelles elle a le plus d’affinité, tout en guidant les participantes et participants dans l’utilisation des divers outils mis à leur disposition : notes de bas de page, commentaires et articles d’exégètes chevronnés, dictionnaires bibliques ou sites Web de confiance comme interBible.org. Porter attention à la structure d’un texte, à son contexte et à son genre littéraires, à son vocabulaire, à ses symboles, à sa cohérence interne, à son énonciation (la manière dont il dit ce qu’il dit), permet d’aller de découverte en découverte. Même si la vitamine biblique n’est pas un cours, au fil du temps les personnes qui apprennent plusieurs récitatifs en viennent à acquérir une solide culture biblique.
La vitamine biblique, autant pour les textes « faciles » que pour ceux plus obscurs
On comprend aisément la nécessité de creuser le sens des textes à première vue obscurs ou incompréhensibles et de ceux qui comportent des difficultés. Mais pourquoi faudrait-il perdre du temps à examiner des textes dont le sens est « évident » ? C’est que même un texte simple, connu depuis toujours, peut réserver de nombreuses et belles surprises. Personne ne peut prétendre avoir compris un texte dans toute sa profondeur comme l’écrivait d’ailleurs au troisième siècle Saint-Ephrem dans son ouvrage appelé le Diatessaron :
« Qui donc est capable de comprendre toute la richesse d’une seule de tes paroles, Seigneur ? Ce que nous en comprenons est bien moindre que ce que nous en laissons, comme des gens assoiffés qui boivent à une source […] Que la source apaise ta soif, sans que ta soif épuise la source. Si ta soif est étanchée sans que la source soit tarie, tu pourras y boire à nouveau, chaque fois que tu auras soif. Si au contraire, en te rassasiant, tu épuisais la source, ta victoire deviendrait ton malheur. »
Deux exemples de découvertes dans des textes archiconnus
- Dans la parabole du Père miséricordieux (Lc 15,11-32), le fils aîné ne prononce jamais le mot « père », tandis que le fils cadet le nomme cinq fois. Se pourrait-il que le fils aîné considère son père comme un patron plutôt que ce qu’il est, plus profondément : un père aimant ?
- Dans le texte sur la Samaritaine (Jn 4,1-29), il est précisé dans le texte grec que Jésus était assis « sur » la source et non pas « près » comme on peut le lire dans la traduction liturgique. Cela ouvre la compréhension du texte : Jésus ne serait-il pas la Source ? Et alors que la Samaritaine parle d’un puits, Jésus quant à lui parle toujours d’une source.
En complément : La vitamine biblique : dimension intellectuelle du récitatif biblique, par Jocelyne Hudon.
Troisième volet (être)
Intégrer le texte dans sa vie
(Ce qui suit provient largement du texte présenté ici auquel quelques modifications ont été apportées et quelques ajouts ont été faits.)
Déjà, les étapes précédentes ont pu déclencher des mises en route intérieures… Par sa propre puissance, la Parole mâchée, manduquée, apprise avec patience, rencontre la personne dans son cœur profond, dans ce lieu où elle se découvre comme enfant de dieu aspirant à la vie, à l’amour, à la guérison, à la communion. La vitamine biblique, en éclairant l’intelligence, permet souvent de lever de certains blocages qui empêchent de goûter la saveur de la Parole et sa pertinence existentielle.
L’étape de l’intégration permet à la Parole, dans un temps plus formellement dédié à cela, de poursuivre sa descente dans les personnes qui s’en nourrissent. Là, opérant dans l’invisible, elle vient les recréer en profondeur.
Pour favoriser ce processus, l’animatrice propose diverses activités d’intégration. Déjà, en début de session, elle peut proposer aux participantes et participants une question qui permettra d’amorcer le travail intérieur. Puis, au moment opportun, habituellement après l’apprentissage et la vitamine, elle fait vivre l’activité d’intégration proprement dite. Cette activité peut prendre plusieurs formes : arrêt sur geste, imagerie biblique ou visualisation, symbolisation, ré-écriture, silence, contemplation, création artistique, introspection, etc. Des espaces sont accordés pour prendre conscience de ce qui bouge à l’intérieur de soi en relation avec les différents éléments du texte biblique. La croissance personnelle et le cheminement spirituel reposent sur la saisie d’enjeux intérieurs et sur le consentement au travail mystérieux de la Parole. Des temps d’échange en petites équipes peuvent aussi aider à faire la relecture des mouvements intérieurs. Dans certaines sessions, des personnes formées à la relation d’aide ou à l’accompagnement spirituel se rendent disponibles pour rencontrer ceux et celles qui le souhaitent.
Trois volets, mais un vécu unifié !
Mémoriser le texte, l’étudier, l’intégrer dans sa vie : ces différents modes d’accès à la Parole et à soi-même s’intègrent les uns aux autres dans une session de récitatif biblique. Car, selon l’anthropologie portée par la Bible elle-même, l’être humain n’est pas un assemblage de dimensions disparates, mais un tout unifié. C’est toute la personne qui est à la fois chair fragile, être vivant et désirant animé par le souffle, corps relationnel. Tout cela peut être rencontré par les diverses démarches proposées durant une session.
En résumé
Dans l’Association canadienne du récitatif biblique, l’apprentissage d’un récitatif se fait par une approche globale où l’intelligence, l’affectivité, la dimension corporelle et spirituelle sont intégrées. C’est une expérience unique et unifiante qui se vit dans un contact vivant de transmetteure à appreneur ou appreneuse, le tout, dans une ambiance d’ouverture à soi-même et de liberté au sein d’un groupe de récitantEs.